David Engels: un nouvel 《Indiana Jones》du catholicisme.

La position pérennialiste affirmée de manière éhontée

Introduction 

Le 20 septembre 2026, David Engels a publié dans LEO,  《le magazine intellectuel catholique européen》, un article intitulé « Perennialism: The Religion of Religions » [1]. Le titre a de quoi surprendre, surtout lorsque l'on sait que l'auteur enseigne à l'Institut catholique de Vendée (ICES). Malheureusement, il ne s'agit pas d'une première, puisqu'il a déjà tenu des hérésies de la gnose à l'occasion d'une université d'été d'Academia Christiana [2]. Ce court article de Monsieur Engels nous permettra donc de mettre en lumière son adhésion à la « Tradition primordiale ».

 

Présentation de David Engels 

Ci-dessous: David Engels en conférence à Academia Christiana 

Né en 1979 à Verviers (Belgique), David Engels est un historien, philosophe de l'histoire et essayiste belge. Évoluant au sein de la droite conservatrice, il intervient régulièrement dans des structures et dits conservateurs et identitaires. Ses travaux se concentrent principalement sur l'histoire romaine, le comparatisme culturel et l'analyse de la crise identitaire de l'Europe contemporaine.

Son parcours universitaire européen est notable:

  • Enseignement : Après avoir été titulaire d'une chaire d'histoire romaine à l'Université libre de Bruxelles (ULB), il devient professeur de recherche à l'Instytut Zachodni à Poznań, en Pologne. Il enseigne également à l'Institut catholique de Vendée (ICES) en France. 
  • Recherche : Ses premières recherches académiques portaient sur la divination romaine et l'Empire séleucide. Il a par ailleurs dirigé la revue d'études latines Latomus. 

Principaux ouvrages:

  • Le Déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine. Éditions du Toucan. (2013)
  • Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe. Éditions La nouvelle librairie. (2019)
  • Défendre l'Europe civilisationnelle. Éditions Salvator. (2024)
  • Le retour du roi. Éditions du Verbe Haut. (2026)

Notons que son dernier ouvrage est publié par les éditions du Verbe Haut, fondées par Sylvain Durain [3]. Ce dernier viserait à constituer une sorte d'élite fidèle au patriarcat perdu. [4]

 

Ci-dessous: Entretien avec David Engels, réalisé par François-Xavier Consoli pour la chaîne Le Verbe Haut TV. 

Plusieurs religions découleraient du pérennialisme 

Contrairement à son éditeur Sylvain Durain, Monsieur Engels a le mérite de dire les choses avec une certaine clarté ; ainsi, dès le début de l'article, il met les pieds dans le plat en disant : 

Cette approche s'éloigne gravement de la pensée chrétienne, et il est nécessaire d'évoquer plusieurs condamnations de l'Église :

• L'encyclique Pascendi Dominici gregis (1907) du pape saint Pie X rejette l'approche ésotérique, selon laquelle les dogmes ne seraient que des symboles évolutifs issus d'un sentiment religieux universel.

• Le Syllabus (1864) de Pie IX condamne l'indifférentisme religieux, particulièrement présent dans la pensée pérennialiste :

 • La proposition XV condamne l'idée qu'« il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie par les lumières de la raison. »

 • La proposition XVI condamne l'affirmation selon laquelle « les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion. »

• Dans Contre les hérésies, saint Irénée de Lyon condamnait déjà la gnose parce que ses adeptes prétendaient détenir une connaissance secrète réservée à une élite, alors que l'Évangile est public et accessible à tous. Il affirmait également la bonté de la création face au dualisme gnostique qui rejette la matière.

 

René Guénon décrit comme le père du pérennialisme moderne

Le développement de l'article traite essentiellement de l'historique du pérennialisme, exposant les faits clairement et sans langue de bois. On retiendra en particulier les deux points suivants :

• Le rôle de René Guénon : Il n'est pas le père du pérennialisme, mais celui « qui a donné à l'école « pérennialiste » ou « traditionaliste » moderne sa forme fondamentale ».

• L'apport de Frithjof Schuon : Le penseur suisse a complété les travaux de Guénon en affirmant que l'ésotérisme constituerait le fond commun des principales religions.

Une tradition humaine pour ladite 《religion des religions》

Pour terminer, David Engels indique la condition selon laquelle le pérennialisme pourrait être « la religion des religions » : il s’agirait d’une tradition historique d’origine humaine:

Bien que l’argument soit ingénieux, nous allons voir pourquoi il ne tient pas la route.

Premièrement : C’est l’origine d’une tradition qui fait son autorité, et non son ancienneté. Une tradition d’autorité divine primera toujours sur une tradition profane.

Deuxièmement : Si la révélation dite primitive a pu être un temps altérée ou oubliée, il y a eu deux rattrapages. Dans le premier, Dieu s’est manifesté à Moïse pour rappeler la loi « oubliée » par les hommes, et dans le second, il s’est fait chair.

Troisièmement : Selon la Tradition des Pères de l’Église, Abraham fut le mainteneur du monothéisme et le chef des adorateurs du vrai Dieu.

Quatrièmement : Abraham descendait en droite ligne d’Héber. Si nous croyons en l’autorité des Pères de l’Église tels que saint Augustin et saint Éphrem, Héber n’aurait pas pris part à la construction de la tour de Babel. À cause de cela, lui et les siens conservèrent la langue originelle de l’humanité — qui, au sentiment des anciens, était la langue hébraïque — et méritèrent de devenir le peuple choisi de Dieu.

Cinquièmement : Si ladite Tradition pérenne est plus ancienne que celle d’Abraham, elle est un fruit de Babel, donc non voulue par Dieu. [5]

 

En résumé 

David Engels s'est joint à une sorte d'école moderne d'ésotérisme du patriarcat perdu, des « Indiana Jones » du catholicisme [6]. En règle générale, les adeptes de l'ésotérisme sont bien plus subtils. Après tout, il a de quoi être confiant puisqu'il fait son petit bonhomme de chemin chez les catholiques, alors qu'il est connu en tant qu'intervenant régulier de l'Institut Iliade (organe de formation néo-païen de La Nouvelle Droite). Remarquons aussi que les prétendus spécialistes de la subversion sont aux abonnés absents lorsqu'il s'agit de dénoncer les adeptes de l'ésotérisme chrétien (par exemple Pierre Hillard, Alain Pascal et Stanislas Berton). Mais c'est normal, car ils sont comme lui : ils sont tous liés aux éditions du Verbe Haut et à son directeur, Sylvain Durain [7].

Jean de Grive 


[1] https://leomagazine.substack.com/p/perennialism-the-religion-of-religions

[2] https://www.alliancedutroneetdelautel.fr/discours-gnostique-de-david-engels-lors-d-une-udt-d-academia-christiana

[3] https://www.alliancedutroneetdelautel.fr/ouvrage-ce-sang-qui-nous-lie-de-sylvain-durain-le-girardisme-au-service-du-perennialisme

[4] À la fin de la vidéo ci-jointe, Sylvain Durain déclare vouloir constituer une élite patriarcale: https://youtu.be/UlwQGD1uXRU?is=9h8NUkaZykeRraOJ

[5] Les patriarches p27. Dom Jean de Monléon. Éditions Saint-Rémi.

[6] L'emploi de la formule 《Indiana Jones du catholicisme》 peut choquer et je l'assume pleinement. En règle générale il faut dire les choses avec douceur mais lorsqu'il s'agit d'adeptes d'un ésotérisme élitiste la règle n'est plus la même.

[7] En plus d'être des soutiens publics de Sylvain Durain, tous ont apporté leur contribution pour au moins un ouvrage des éditions du Verbe Haut.