La fidélité de la FSSP à la "tradition vivante" de "Saint Jean-Paul II"
Une reconnaissance canonique en échange d'une conception équivoque de la Tradition
Sommaire
I Introduction
II Une continuité entre 1988 et 2026
III Un motu proprio placé dans une idée évolutionniste de la Tradition
IV L'avis de l'Abbé de Caqueray (ex supérieur du district de France de la FSSPX) à propos de la notion de tradition de Jean-Paul II
V À propos du caractère et de la valeur de la Tradition que les modernistes cherchent à renverser
VI L'autorité des encycliques
VII Le "respect" de la Tradition en parlant de "Saint Jean-Paul II"
VIII Dénoncer les erreurs et scandales en gardant la notion de "tradition vivante"
IX Un attachement à la "tradition vivante" présent dans le motu proprio du 2 juillet 1988
X L'aveu de Benoît XVI sur l'opposition entre Gaudium et Spes et le Syllabus de Pie IX
XI L'exemple de Saint Athanase
I Introduction
Le 29 juin 2026, c'est-à-dire trois jours avant les consécrations épiscopales de la FSSPX, le site de la FSSP "claves.org" [1] a diffusé un article du supérieur du district de France l'Abbé Benoît Giacomoni. Celui-ci a rappelé l'opposition de la FSSP vis-à-vis de cette démarche déjà entreprise en 1988 par la FSSPX, l'attachement de sa communauté au Souverain Pontife ainsi que son adhésion à la "tradition vivante" de "Saint Jean-Paul II". Rien de bien nouveau, si ce n’est la persévérance dans la mauvaise direction. Néanmoins, il est bon de revenir sur cette notion de "tradition vivante" ignorée par la plupart des nouveaux convertis qui fréquentent les communautés ex Ecclésia dei.
II Une continuité entre 1988 et 2026
L"Abbé Giacomoni la montre en évoquant l'accord du 2 juillet 1988 et les intentions des fondateurs:
« Pour l’honneur de la Sainte Église Catholique, pour la consolation de nombreux fidèles troublés et l’apaisement de leur conscience, les soussignés, membres jusqu’ici de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, déclarent qu’ils restent, dans le regret profond des consécrations épiscopales illicites du 30 juin, [...] Ils expriment l’espoir de pouvoir être à nouveau érigés canoniquement par les autorités ecclésiales compétentes pour la réalisation de leur vocation spécifique, pour pouvoir se consacrer au soin des fidèles et spécialement à la formation des prêtres dans un esprit authentiquement catholique, et en cela, en conformité avec la tradition vénérable de l’Église catholique, de pouvoir célébrer le culte divin selon les directives d’une tradition indubitable.》
III Un motu proprio placé dans une idée évolutionniste de la Tradition
Dans son motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet 1988, qui fit suite aux sacres des quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre, le Pape Jean-Paul II écrit : [2]
« À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné le concile Vatican II, « tire son origine des apôtres, se poursuit dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit-Saint : en effet la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent, en leur cœur, soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux, qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité. » Mais c’est surtout une notion de la Tradition qui s’oppose au magistère universel de l’Église, lequel appartient à l’évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Église. »
IV L'avis de l'abbé de Caqueray (ex supérieur du district de France de la FSSPX) à propos de la notion de tradition de Jean-Paul II [3]
《La remarque du pape défunt n’est d’ailleurs pas sans rappeler les très vives querelles qui se produisirent pendant le Concile entre théologiens novateurs et prélats traditionnels sur cette même question de la Tradition. Et, de nouveau, les discussions doctrinales de 2009–2011 entre Rome et la Fraternité sont venues confirmer à quel point cette question était décisive.
Si, de son côté, la Rome conciliaire estime notre notion de la Tradition incomplète et contradictoire, nous pensons, quant à nous, que le Concile a en réalité imposé une nouvelle conception faussée de la Tradition sous l’influence de l’école de Tubingue et sous l’impulsion de théologiens comme les pères Congar et Rahner.》
V À propos du caractère et de la valeur de la Tradition que les modernistes cherchent à renverser
Voici ce que dit Saint Pie X dans l'encyclique contre le modernisme "Pascendi": [4]
59《...La tradition, ils s’efforcent d’en fausser perfidement le caractère et d’en saper l’autorité, afin de lui ôter toute valeur. Mais le second Concile de Nicée fera toujours loi pour les catholiques ; il condamne ceux qui osent, sur les traces des hérétiques impies, mépriser les traditions ecclésiastiques, inventer quelque nouveauté… ou chercher, avec malice ou avec astuce, à renverser quoi que ce soit des légitimes traditions de l’Eglise catholique. Fera loi, de même, la profession du quatrième Concile de Constantinople : C’est pourquoi nous faisons profession de conserver et de garder les règles qui ont été léguées à la sainte Eglise catholique et apostolique, soit par les saints et très illustres Apôtres, soit par les Conciles orthodoxes, généraux et particuliers, et même par chacun des Pères interprètes divins et docteurs de l’Eglise. Aussi les papes Pie IV et Pie IX ont-ils ordonné l’insertion dans la profession de foi de la déclaration suivante : J’admets et j’embrasse très fermement les traditions apostoliques et ecclésiastiques, et toutes les autres observances et constitutions de l’Eglise. Naturellement, les modernistes étendent aux saints Pères le jugement qu’ils font de la tradition. Avec une audace inouïe, ils les déclarent personnellement dignes de toute vénération, mais d’ailleurs d’une ignorance incroyable en matière d’histoire et de critique et qui ne peut être excusée que par le temps où ils vécurent.
60. Enfin, ils s’évertuent à amoindrir le magistère ecclésiastique et à en infirmer l’autorité, soit en en dénaturant sacrilègement l’origine, le caractère, les droits, soit en rééditant contre lui, le plus librement du monde, les calomnies des adversaires. [...] Après cela, il n’y a pas lieu de s’étonner si les modernistes poursuivent de toute leur malveillance, de toute leur acrimonie, les catholiques qui luttent vigoureusement pour l’Eglise.》
VI L'autorité des encycliques
Compte tenu de la conception quasiment totalitaire et absolutiste des défenseurs du "magistère' de Vatican II, il est aussi bon de rappeler les propos de Pie XII à propos de l'autorité des encycliques: [5]
《20. Il ne faut pas croire non plus que ce qui est exposé dans les Lettres encycliques ne requiert pas en soi le consentement, puisque, lorsqu'elles sont rédigées, les Papes n'exercent pas le pouvoir suprême de leur autorité doctrinale. En effet, ces questions sont enseignées avec l'autorité doctrinale ordinaire, dont il est vrai de dire : « Qui vous écoute m'écoute » ; et, d'une manière générale, ce qui est exposé et inculqué dans les Lettres encycliques relève déjà, pour d'autres raisons, de la doctrine catholique. Mais si les Souverains Pontifes, dans leurs documents officiels, se prononcent délibérément sur une question jusque-là contestée, il est évident que cette question, selon leur pensée et leur volonté, ne peut plus être considérée comme un sujet de discussion entre théologiens.》
VII Le "respect" de la Tradition en parlant de "Saint Jean-Paul II"
Ensuite, le supérieur de la FSSP évoque l'accord obtenu par "Saint Jean-Paul II":
《Cet acte de foi en la Providence et en l’Église n’a pas été vain puisque Saint Jean-Paul II, après le motu proprio Ecclesia Dei, a voulu fonder de manière pérenne notre communauté. À peine trois mois plus tard en effet, le 18 octobre 1988, la FSSP était érigée canoniquement par le Saint-Siège comme Société de Vie Apostolique de droit pontifical.》
Rappelons que ce "saint" est à l'origine des réunions d'Assise. Par le passé, on l'a vu embrasser publiquement le Coran, se faire imposer sur le front la "bouse de Shiva" par une sorcière hindoue, a élevé cardinal des modernistes (les Pères Congar, de Lubac et von Balthasar)... Comment peut-on prétendre défendre la tradition tout en nommant "Saint" un démolisseur de l'Eglise?
VIII Dénoncer les erreurs et scandales en gardant la notion de "tradition vivante"
Un peu plus loin, l'Abbé Giacomoni se défend de garder le silence devant les erreurs et scandales:
《Cela condamne-t-il pour autant au silence devant les erreurs des hommes d’Église ou les scandales visibles en son sein ? Pas le moins du monde ! Mais en gardant justement la notion de « Tradition vivante », la FSSP entend agir d’une manière conforme à celle-ci.》
Cette notion de "Tradition vivante" a-t-elle fait de Jean-Paul II un saint ?
Ce point confirme que la FSSP est bien tombée dans une compromission doctrinale et non des moindres puisqu'en insérant l'évolutionnisme dans la tradition, celui-ci peut permettre de tout renverser et justifier l'injustifiable.
IX Un attachement à la "tradition vivante" présent dans le motu proprio du 2 juillet 1988
Dans un article publié sur le site "laportelatine.org", l'Abbé Gleize indique que le terme de tradition vivante nous ramène au texte fondateur de la Commission Pontificale Ecclesia Dei: [6]
《Jean-Paul II y affirme que la Tradition est vivante. Le Discours de 2005 de Benoît XVI en est l’écho et l’interprète direct : cette vie de la Tradition, c’est le « renouveau dans la continuité ». Renouveau évolutionniste et moderniste, qui entend dépasser la contradiction dans une impossible herméneutique.》
Un constat établi par l'abbé de Sivry (aujourd'hui évêque de la FSSPX) [7]
Celui-ci indique:
《numéro 5, § b de ce motu proprio il est dit : « l'ampleur et la profondeur des enseignements du Concile Vatican II requièrent un effort renouvelé d'approfondissement qui permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition, spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n'ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l'Église ».
Donc, la communion ecclésiale rend nécessaire l’adhésion à la thèse de l’herméneutique du renouveau dans la continuité.》
Qu'est-ce que l’herméneutique de la continuité?
Il s'agit d'une méthode d'interprétation théologique selon laquelle les textes et les réformes du concile Vatican II doivent être compris en parfaite harmonie avec la Tradition historique de l’Église catholique, sans rupture doctrinale fondamentale avec le passé.
X L'aveu de Benoît XVI sur l'opposition entre Gaudium et Spes et le Syllabus de Pie IX
La rupture avec la Tradition est manifeste et même reconnue par le Cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI): [8]
《Si l'on cherche un diagnostic global du texte (Gaudium et Spes) , on pourrait dire qu'il est une RÉVISION du Syllabus de Pie IX, UNE SORTE DE CONTRE-SYLLABUS dans la mesure où il représente UNE TENTATIVE DE RÉCONCILIATION OFFICIELLE DE L'EGLISE AVEC LE MONDE TEL QU'IL ÉTAIT DEVENU APRÈS 1789.》
En plus d'avoir reconnu l'opposition avec le magistère de l'Eglise, le futur Benoît XVI indique également la conciliation avec le monde d'après 1789 alors qu'il s'agit d'une méthode moderniste explicitement condamnée dans l'encyclique Humani Generis de Pie XII:
《...lorsque la doctrine catholique aura été à un pareil état (affaiblie pour plaire aux disdidents), la voie sera ouverte, pensent-ils, pour donner satisfaction aux besoins du jour en exprimant le dogme au moyen de des notions de la philosophie moderne, de l'immanentisme par exemple, de l'idéalisme, de l'existentialisme ou de tout autre système à venir [...] Et puisqu'il va de soi que l'Eglise ne peut se lier avec n'importe quel système philosophique dont la vie est de courte durée : ce que les docteurs catholiques, en parfait accord, ont composé au cours des siècles pour parvenir à une certaine intelligence du dogme, ne s'appuie pas assurément à un système aussi caduc [...] il est évident qu'il est d'une méthode absolument fausse d'expliquer le clair par l'obscur, disons que tous s'astreingnent à suivre l'ordre inverse.》
Devant l'évidence des faits, la FSSP persiste et signe dans une compromission doctrinale pour ne pas dire "demi-hérésie". [9]
XI L'exemple de Saint Athanase
Terminons par un exemple historique repris dans un entretien récent de Mgr Schneider: [10]
《Il est utile de rappeler un épisode historique où un grand saint fut confronté au dilemme suivant : choisir entre préserver l'intégrité sans équivoque de la foi catholique et obtenir la reconnaissance canonique du Pape. Ce saint était un Père de l'Église du IVe siècle : saint Athanase d'Alexandrie. En 357, le pape Libère, après avoir signé une formule de foi ambiguë (omettant le terme doctrinal crucial « consubstantiel »), ordonna à saint Athanase d'entrer en communion avec des évêques ariens et semi-ariens — des évêques avec lesquels le Pape lui-même, sous la pression de l'Empereur, était malheureusement entré en communion. Saint Athanase refusa d'obéir au Pape ; en conséquence, ce dernier, selon le témoignage de saint Hilaire de Poitiers et d'autres sources historiques, l'excommunia, l'accusant de troubler la paix de l'Église. Bien qu'excommunié par le Pape, saint Athanase continua de gouverner son diocèse d'Alexandrie et fit même preuve de compréhension à l'égard de la conduite regrettable du pape Libère. Toutefois, le pape saint Damase, successeur de Libère, remercia saint Athanase et le consulta au sujet des affaires des évêques d'Orient. Le pape Libère fut le premier pape à ne pas être canonisé, tandis qu'Athanase fut non seulement canonisé, mais aussi proclamé Docteur de l'Église.
Aujourd'hui, saint Athanase serait considéré comme un schismatique selon la définition du « schisme » figurant dans l'actuel Code de droit canonique, puisqu'il refusa d'être en communion avec des membres de l'Église (des évêques hérétiques et semi-hérétiques) qui étaient canoniquement reconnus et donc soumis au Pape.》
Jean de Grive
[1] https://claves.org/de-1988-a-2026/
[2] https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/motu_proprio/documents/hf_jp-ii_motu-proprio_02071988_ecclesia-dei.html
[5] https://www.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_12081950_humani-generis.html
[7] https://fsspx.be/fr/news/fssp-fsspx-quelles-differences-partie-1-55534
[8] Les principes de la théologie catholique. Cardinal Ratzinger, Ed Téqui 1982 p426
[9] Une demi-hérésie qualifie une position ambiguë ou incomplète. Elle ne nie pas la foi, mais elle l'altère ou introduit une confusion à l'image du semi-pélagianisme. Cette doctrine du Ve siècle est l'exemple type de la demi-hérésie. Elle ne niait pas le besoin de la grâce divine (contrairement au pélagianisme pur), mais affirmait que l'homme pouvait faire le premier pas vers le salut par sa propre volonté.
[10] https://fsspx.news/fr/news/mgr-schneider-la-fsspx-rend-leglise-un-service-dune-portee-historique-60603