LE SPIRITUALISME SUBVERSIF:

COLLOQUE DES 24/25/26 AOUT 1982

*Cet article est repris dans le cahier n°10 de la société Augustin Barruel.

*Les points considérés importants pour le lecteur sont en rouge.

Ci-dessus: Un livre clé concernant l'introduction du système Guénonien chez les catholiques.

Voici brièvement rappelés, les thèmes du Colloque d'août 1982.

Les deux traditions spirituelles 

Les paganisme pré-chrétiens 

L'évolution du paganisme à partir du Christianisme 

Le Judaïsme- L'islam

Les premières atteintes médiévales

L'extension à la renaissance 

Du quiétisme à la théosophie 

Le 19ème et les équivoques de la réaction romantique 

L'occultisme aux 19ème et 20ème siècles 

La pénétration orientale et le renouveau gnostique 

Le Guénonisme, son histoire 

Le Guénonisme, sa doctrine 

Stratégie et tactiques guenoniennes

"L'ésotérisme chrétien".

                                                                    S. A. B.

 

INTRODUCTION D'ALLIANCE DU TRÔNE ET DE L'AUTEL 

  Cet article très formateur datant de 1982 est toujours d'actualité, si le spiritualisme subversif "chrétien" est peu remarqué aujourd'hui ça n'est pas parce qu'il est devenu quasi inexistant mais parce qu'il:

. est difficilement détectable si les gens ne sont pas formés pour y faire face.

. comprend des gens très rusés ex: ils sont  capables d'écrire ou relayer un article condamnant leur milieu afin de brouiller les pistes; sur les réseaux sociaux ils sont capables de mettre un j'aime devant un commentaire dénonçant leur milieu...

. est difficile de le combattre sans une connaissance de son historique; ses revues; ses maisons d'éditions ; ses librairies; ses auteurs référants; ses thèmes et c'est bien souvent par là que l'on répère un suspect. Attention! Un suspect n'est pas un coupable.

  Pour terminer,  le lecteur pourra constater que plusieurs personnes se sont mobilisées pour le problème de la subversion spiritualiste en établissant un programme de travail nous montrant que ce combat doit être mené avec sérieux et à plusieurs.

 

La subversion spiritualiste a bousculé le programme préétabli de la société Augustin Barruel:

  Lorsque la société Augustin Barruel s'est créée il y a cinq ans, la subversion faisait partie du programme d'ensemble qu'elle s'était tracée pour les années futures; mais nous pensions consacrer d'abord nos travaux à l'aspect rationaliste de la Révolution et faire l'inventaire des résultats considérables acquis par nos devanciers: nous voulions surtout en établir une synthèse plus explicative, liant mieux les divers facteurs entre eux, et qui soit libérée de ces craintes et de ces respects mal placés qui ont fréquemment gêné bien des analystes. (1)

  La Subversion spiritualiste dont nous connaissons l'importance dans les temps anciens et dans les temps modernes et que nous avions prévu d'aborder plus tard nous paraissait atteindre des milieux marginaux et le plus souvent non catholiques.

  Or depuis trois ans il est devenu certain que la situation actuelle est différente: grâce à des formes nouvelles, diverses et parfois apparemment opposées, très subtiles dans tous les cas, la subversion spiritualiste s'intéresse aux milieux traditionnellement opposés à la révolution et même aux milieux catholiques

  Il est désormais visible, à l'œil nu, que ses entreprises sont en passe de réussir et que grâce à des complicités, notamment ecclésiastiques, les "théologiens néo-gnostiques" enseignent à livre ouvert parmi les catholiques traditionnels.

  Dans ces conditions il n'était plus possible de nous limiter au créneau choisi et, brûlant quelque peu les étapes, nous avons compris qu'il fallait faire rapidement le point sur le spiritualisme subversif, ses origines, ses racines lointaines et prochaines, et sur ses formes modernes et contemporaines. Le travail ainsi entrepris a débouché sur un colloque qui, au mois d'août 1982, a réuni une cinquantaine de personnes pendant trois.

  Selon nos principes, et notre habitude, il ne s'agissait pas de lancer des anathèmes, ni à l'inverse d'être "accueillant", mais, à travers les textes des intéressés eux-mêmes, de comprendre la pensée subversive dans ses termes fondamentaux et dans ses facettes multiples et diverses. Ces dernières ne sont pas les moins importantes pour notre propos, car c'est généralement par le biais de l'une ou l'autre que la subversion spiritualiste parvient à séduire certains catholiques comme elle le fait actuellement sous nos yeux.

Note 1 L'abbé Emmanuel Barbier (1851-1925) sous le patronage sous le patronage duquel nous avions initialement placé notre travail est un parfait exemple de cette situation. Jésuite éminent, ayant découvert la subversion dans le cadre de son ministère d'enseignant, il fut quitter la compagnie de Jésus pour pouvoir dénoncer la Révolution.Devenu prêtre séculier, respecté pour ses études, honoré d'une bénédiction spéciale de Pie X, il eut néanmoins la tristesse de voir l'un de ses ouvrages mis à l'index sous le même Pontife: il avait commis "l'imprudence" de vouloir détailler les Progrès du Libéralisme sous le Pontificat de Léon XIII. Cette œuvre, pourtant salutaire, lui valut beaucoup d'ennuis et réussit à le faire passer pour suspect; on comprend qu'il n'ait guère eu d'émules et que ses cendres elles-mêmes soient encore un peu brûlantes.

Note 1bis: Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet je vous conseille de lire ensuite l'article suivant également issu des cahiers de Barruel:

"René Guénon un musulman inconnu" https://viveleroy.net/rene-guenon-le-heraut-de-la-tradition-initiatique/

  Les thèmes évoqués pendant ces trois journées forment évidemment un tout, mais on peut y discerner, sinon trois parties distinctes, du moins une progression; le premier jour fut consacré au paganisme, et le deuxième aux étapes de la pénétration subversive en milieu chrétien au cours des ages; le troisième jour fut réservé au cas particulier de celui qui a été l'initiateur de la plupart des ésotéristes "chrétiens" actuels et qui en reste aujourd'hui encore le grand ancêtre et parfois le maître, René Guénon.   

  Les études réalisées à cette occasion paraîtront peu à peu dans le bulletin de la société, mais déjà les numéros passés ont publié près d'une dizaine d'articles que nous rappellerons brièvement.

  Dans le n°1, et réédité dans le n°6, A propos de la Contre-Eglise et des difficultés posées par son étude. Dans le n°2 Le brûlant problème de la tradition sera reproduit bientôt. Dans le n°3 La Gnose tumeur au sein de l'Eglise et Le Périple augustinien et ses conséquences intellectuelles. Dans le n°4 Les conditions générales du pouvoir et de la religion démoniaques. Dans le n°5 La gnose d'hier et Aujourd'hui, dans le n°6 La Gnose aujourd'hui. Dans les n°7 et 8 Contribution à l'étude de l'hermétisme.

  Le récent n°9 a publié un premier article sur "La gnose traditionnalliste du professeur Borella", ce n°10 comporte une première étude sur René Guénon (1bis), musulman inconnu, et d'autres suivront qu'il n'est pas possible d'énumérer ici.

  Ce passage de la forme rationaliste à la forme spiritualiste de la Révolution constitue un grand motif d'étonnement et, pourquoi le cacher, d'incompréhension pour la quasi-totalité des catholiques. Cette difficulté se situe à deux niveaux: tout d'abord les néo-spiritualistes sont soit sous-estimés, soit considérés comme réellement anti-revolutionnaires; ensuite lorsque ce néo-spiritualisme est enfin pris pour ce qu'il est en fait, un nouvel avatar de la Révolution, certains n'arrivent pas à saisir comment il peut tromper des esprits catholiques, faute de connaître les pierres d'attente que ces doctrines trouvent dans ces esprits.

  C'est pourquoi l'explication de cette situation ne doit pas être recherchée dans notre environnement immédiat, mais bien dans les siècles passés et même aux origines des siècles, d'où le programme retenu cet été: vaste programme, trop à première vue, mais dont le caractère synoptique était indispensable pour ne pas risquer de fausser les perspectives.

   La crise contemporaine se résume en un retour de la spiritualité païenne et en son infusion dans le Christianisme au nom de la lutte contre le rationalisme et le matérialisme. Il était donc nécessaire, comme nous l'avons fait le premier jour, de partir de la chute originelle et des deux traditions spirituelles qui en ont résulté, puis d'examiner l'état des divers paganismes, ante et post chrétiens, sans oublier l'islam bien entendu.

  Dans la deuxième journée il fallait étudier les premières pénétrations de ces doctrines spirituelles païennes au sein du Christianisme, non pas dans la doctrine catholique reconnue et enseignée par l'Eglise, mais parmi les membres de la chrétienté dès le Moyen-Age et surtout, bien-sûr, à partir de la Rennaissance.

  La période postérieure à 1789, le "stupide 19ème siècle" selon l'imprudence formule de Léon Daudet, est connue comme étant celle du rationalisme et du Progrès, mais on oublie trop facilement qu'elle fut aussi celle du Romantisme, de la découverte de l'orient et de l'occultisme, et c'est pourquoi deux communications furent consacrées à cet aspect.

  La pénétration Orientale en occident nous conduit à la troisième étape, celle du renouveau gnostique contemporain qui se manifeste tous azimuth et qu'il ne faudrait surtout pas restreindre à quelques exercices plus ou moins folkloriques.

  Ce renouveau Gnostique a connu sa première grande effervescence entre 1880 et 1940 après 50 années de préparation romantique, et René Guénon en fut le plus bel exemple voici soixante ans ; mais depuis une trentaine d'années il s'est extraordinairement développé à partir d'une assise scientifique et universitaire; c'est d'ailleurs ce dernier trait qui lui donne du poids auprès d'un public habitué à une université rationaliste, et tout heureux de se découvrir des alliés là où il ne se connaissait que des adversaires. Funeste erreur qui explique bien des complicités impardonnables !

Note 2 Frithjof Schuon: (en image ci-dessus) alsacien, Guénonien et musulman- Après avoir résidé en Suisse,  il exercice actuellement ses talents dans le milieux catholiques des États-Unis.

Note 3: La plupart des gnostiques,  notamment ceux qui sévissent parmi les catholiques, se hérissent devant le mot "panthéisme" , et on les comprend aisément : ils n'aiment pas être dévoilés et ils savent que ce mot est le seul, assez clair et assez précis, qui puisse réveiller leurs éventuelles victimes et les détourner d'eux. Ils dépensent donc de grands efforts pour "tourner autour du pot" et leur génie inventif leur a permis de trouver toutes sortes d'expressions, la dernière en date étant le "Theomonisme". Ce mot confirme que selon une méthode familière au démon,  les gnostiques exaltent d'autant plus le Dieu unique qu'ils veulent supprimer le vrai Dieu, celui de la Trinité et de l'incarnation.

  Tous ces problèmes qui ont remplis les trois journées d'août 1982 ont vivement intéressés les participants et et leur ont fait saisir quel domaine immense était ainsi effleuré. Chacun à mieux compris comment l'ignorance de ces questions par la plupart des catholiques était le meilleur atout des gnostiques dans leurs entreprises,  l'ignorance actuelle est plus grave que celle des siècles passés du fait de l'inaction pour ne pas dire la complicité.

  Un travail considérable reste à accomplir pour lequel sont nécessaires d'importants moyens matériels,  financiers et humains : nous comptons sur nos lecteurs et tous nos amis pour nous aider à les trouver; ils participeront ainsi réellement à cette tâche salutaire,  indispensable,  pour laquelle il n'y a guère de concurrence et qui doit susciter la vocation de toit catholique conscient de l'enjeu,  la foi catholique. 

CONCLUSION D'ALLIANCE DU TRÔNE ET DE L'AUTEL 

  Pour terminer une mise en garde est nécessaire car le combat contre la néo gnose est dangereux, il devrait être mené par des religieux qui à de rares exceptions ne font pas ce travail et ce depuis le concile Vatican II, c'est donc uniquement par rapport à cette absence qu'un homme comme moi traite ce problème. Il faut aussi savoir que ce combat n'est pas donné à tour le monde, entretenir en parallèle la doctrine chrétienne est primordiale car ce monde ne peut être vaincu que par l'orthodoxie chrétienne. 

Le 26 avril 2024

Jean De Grive