LA GNOSE "TRADITIONNALISTE" DU PROFESSEUR BORELLA*

*Cet article est extrait du cahier n°9 de la société Augustin Barruel.

Sommaire:

1 Introduction d'alliance du trône et de l'autel.

2 Préambule.

3 Qui est Jean Borella?

4 Une préface révélatrice 

5 Une théologie métaphysique. 

6 Conclusion d'alliance du trône et de l'autel.

I Introduction d'alliance du trône et de l'autel

  En dehors de quelques initiés peu connaissent le nom de Borella et pourtant il est le principal propagateur de l'ésotérisme "chrétien" en France. Par contre beaucoup plus ont connaissance d'une controverse datant du début des années 2000 où certains ecclésiastiques essayèrent de montrer que la gnose n'existait plus à notre époque- ou du moins, si quelque chose correspondait à ce nom, qu'elle ne saurait constituer une erreur dangereuse pour les catholiques-, puisque 《les papes n'en parlent pas. Ils y joignaient deux autres du même acabit.》(1)  Malheureusement peu ont fait le lien entre cette controverse et l'influence de Borella d'où le choix de faire connaître l'histoire de ce professeur de philosophie épinglé par la société Augustin Barruel.

(1) Malheureusement, vingt ans après nous avons de nombreux catholiques authentiques y compris des religieux qui adhérent pleinement ou partiellement à cette théorie. La lecture du livre "Les dangers de la gnose contemporaine" de Christian Lagrave aux éditions du Sel pourra montrer au lecteur de bonne foi la réalité du problème.

II PRÉAMBULE 

  Les pénétrations subversives dans le Christianisme ne sont pas chose nouvelle, ni extraordinaire. Elles forment tout l'objet des études de la société Augustin Barruel, elles en sont l'unique raison d'être: c'est dire qu'en la matière,  l'étonnement ne nous vient pas aisément.

  Certes, nous ne sommes pas blasés, le sujet ne le permet pas, mais nous sommes de fait si habitués à la subtilité des subversifs et à la naïveté de tant d'orthodoxes que notre faculté d'étonnement s'est quelque peu émoussée avec le temps.

  Mais à présent la coupe déborde. La manœuvre en cours, aujourd'hui, a exigé pour se mettre en place de telles complicités, notamment ecclésiastiques, qu'il convient de parler sans detour: nous voudrions espérer que ces complicités ont été inconscientes, dans tous les sens du mot, et nous aimerions en avoir la preuve si elle peut être fournie.

  Depuis quelques années déjà, de nombreux témoignages nous avaient signalé des cas étranges dans divers groupes traditionnels aux quatre coins de l'hexagone; il ne s'agissait cependant le plus souvent que de la présence passive d'éléments subversifs, simple assistance à la messe saint Pie V qu'il était difficile d'éviter.

  Le plus souvent, mais pas toujours: car à plusieurs reprises,  et cela est de notoriété publique, on a vu les Hérauts de la nouvelle droite frôler d'un peu trop près certaines soutanes et certaines bures.

  Désormais, il s'agit de bien autre chose, infiniment plus grave: nous nous trouvons confrontés à une pénétration subversive au sommet, non plus à la base , d'éléments de niveau universitaire qui prétendent enseigner l'ensemble du milieu traditionnel et qui réussissent à le faire grâce à des protections ecclésiastiques invraisemblables et pourtant réelles.

  Il faut donc sans tarder débrider cette plaie, sinon l'infection pourrait gagner le corps tout entier; déjà un certain mal a été fait dont il n'est pas sûr qu'il ne subsistera pas de séquelles, et cela nous est une raison de plus d'y porter le fer avec énergie.

  Terminons ce bref préambule par un souhait ou plutôt une double prière instant adressée à nos lecteurs. La matière de cette étude, parfois complexe, requiert une sérieuse attention et nous demandons à ceux qui liront ces lignes d'y apporter un soin particulier; et puis, lorsqu'ils en auront saisi toute l'importance, qu'ils aient à cœur de diffuser rapidement cette information auprès de leurs amis, particulièrement auprès des prêtres qui sont les premiers visés par cette manœuvre subversive.

S.A.B

III Qui est Jean Borella ?

  Le professeur Borella enseigne à l'université de Nancy II. Il s'est fait connaître, depuis 1979, par un livre intitulé "La charité profanée"(2)  qui a été publié aux éditions du Cèdre et par des articles de plus en plus fréquents parus dans la revue "La Pensée catholique".

  Puisqu'il a choisi ces deux organes de diffusion, il est manifeste que cet écrivain désire s'adresser à un public traditionnaliste. Comme d'autre part, il est relativement un nouveau venu, il est logique que nous cherchions à connaître sa personnalité et à comprendre sa doctrine.

  La doctrine du professeur BORELLA est faite pour plaire aux catholiques traditionnalistes. Mais c'est surtout dans sa PARTIE CRITIQUE. Il combat les thèses fondamentales sur lesquelles est édifié le monde moderne et particulièrement le socialisme et le freudisme. Le titre même de son ouvrage résume sa thèse essentielle: la vertu théologie de Charité a été PROFANEE par les modernistes en sens qu'elle a été détachée de Dieu; elle a été ravalée au rang d'une simple PHILANTHROPIE. Ils l'ont "désacralisée" en escamotant son premier précepte à savoir que l'homme doit aimer Dieu AVANT d'aimer son prochain.

  Cette critique de la charité ainsi profanée par les modernistes, le professeur BORELLA la complète par des considérations générales situées dans la même logique et qui renforcent la même démonstration. Il pose le primat de la qualité sur la quantité, la supériorité de la contemplation sur le raisonnement discursif, la suréminence de la scolastique sur la philosophie rationaliste, le primat de la tradition sur la révolution.

  Ces considérations générales, très abonnement exposées dans son livre et ses articles, lui ont acquis une certaine faveur parmi traditionnalistes et font de lui l'un des penseurs actuels de cette famille d'esprits. Cette faveur est surtout fondée sur la partie critique de sa doctrine. Il est incontestable que le Professeur BORELLA et les catholiques traditionnalistes ont un ENNEMI COMMUN qui est la civilisation matérialiste.

  Seulement voilà!!! La doctrine du Professeur BORELLA ne comporte pas uniquement une partie critique. Elle se rattaché aussi à un SYSTÈME DE RÉFÉRENCES qui appartient à une toute autre école avant même que d'ouvrir le livre "La charité profanée". Il est utile de rechercher qu'elle peut être cette autre école avant même que d'ouvrir le livre "La Charité profanée". Nous allons donc essayer de rechercher quelles peuvent être les FRÉQUENTATIONS INTELLECTUELLES du professeur Borella. Nous comprendrons mieux ses développements quand nous ouvrirons son ouvrage qui est complexe et difficile.

Ci-dessous:

(2) Couverture de "La charité profanée" et "Amour et vérité" qui est une nouvelle édition de la charité profanée. Cette nouvelle édition est éditée par l'harmattan collection Théoria dirigée par Pierre-Marie Sigaud qui édite également d'autres livres de Borella.

IV UNE PRÉFACE RÉVÉLATRICE 

  Un premier symptôme d'appartenance nous est fourni par une PRÉFACE que le Professeur BORELLA a écrite pour un livre publié par François Chénique aux Éditions Dervy-Livres et qui s'intitule: "Introduction à l'Esotérisme chrétien". On ne préface un livre que si on l'approuve, au moins dans ses grandes lignes. Examinons donc tout d'abord quelle est l'ambiance intellectuelle de cette maison d'éditions.

  Dervy-Livres publié des "Collections" où les ouvrages sont rassemblés par grands sujets. Voici les principales collections de cette maison:

  .Collection "Architecture et Symboles sacrés", dans laquelle nous notons le livre "Principes et Méthodes de l'Art sacré", par Titus Burchkardt, auquel le professeur Borella fera, nous le verrons plus loin, de fréquentes allusions.

  .Collection "La Roue céleste" qui est réservé aux travaux concernant l'astrologie.

  .Collection "Histoire et Tradition" parmi laquelle nous trouvons "La croix universelle (travail en collaboration par plusieurs érudits) et surtout plusieurs ouvrages de Yved Marsaudon et de Paul Naudon qui exposent tous deux d'importantes fractions de la doctrine maçonnique et qui sont eux-mêmes franc-maçons.

  .Collection "Mystiques et Religions" où nous remarqueront trois auteurs: Frithjof Schuon qui a publié là plusieurs de ses ouvrages - Jean Tourniac, avec "Lumière d'Orient" - et Charles Andruzac avec son "René Guénon", la Contemplation métaphysique et l'expression mystique". 

  Puis encore quatre collections dont les intitulés sont également très évocateurs de la même famille d'esprits: "L'œuvre secrète" - Les Pèlerins de la Lumière" "Les connaissances supranormales" - "Philosophie spiritualiste".

  Ce sont, en tout, 187 ouvrages sur les sujets ésotériques, occultistes et orientalistes dont nous retrouvons un bon nombre dans les références doctrinales du professeur Borella. C'est pourquoi il n'était pas inutile de connaître l'orientation générale des Éditions Dervy-Livres.

  Venons-en maintenant à la préface de l"Introduction à l'ésotérisme chrétien". Ce livre est une compilation, par François Chénique, des écrits laissés par un certain Abbé STÉPHANE. Qui est ce personnage? Voici précisément ce que la préface du Professeur Borella nous apprend:

  "L'abbé Stéphane était prêtre de l'Eglise catholique. Il vécut ignoré de tous, sauf de quelques amis pour lesquels il représentera une sorte de MAÎTRE À PENSER. Le Père entra dans les Ordres après avoir poursuivi des études scientifiques qui le conduisirent au plus haut degré de compétence dans ce domaine.

  "Il fut conduit à lire "Le symbolisme de la Croix" de René Guénon. La vigueur et l'ampleur des perspectives Guénoniennes l'engagèrent à une étude attentive de toute l'œuvre. Ce qui l'intéressait essentiellement dans cette œuvre, c'était la MÉTAPHYSIQUE, le SYMBOLISME  et la CRITIQUE DU MONDE MODERNE.

  "A cette Lecture, il joignit celle de Frithjof Schuon dont l'autorité ne lu parut pas moins grande...

  "L'abbé Henri Stéphane s'était intéressé également à la Maçonnerie et à ses rapports avec le Christianisme, particulièrement à l'œuvre de Jean PALOU et à celle de Jean TOURNIAC."

  Telles sont les succinctes mais précieuses indications que le Professeur BORELLA nous fournit sur l'abbé Stéphane, lequel a donc exercé une influence considérable sur une minorité d'hommes de valeur. L'Abbé Stéphane n'a rien publié, mais il a beaucoup écrit. S'il n'a rien publié, c'est qu'il estimait que la publication de ce qu'il avait écrit était prématurée de son vivant. Mais il désigna, pour mener à bien la publication posthume de ses petits "traités",  l'un de ses auditeurs familiers, François Chenique, qui était déjà auteur d'un livre intitulé: "Le Yoga spirituel de Saint François d'Assise". Et c'est donc le professeur BORELLA qui a écrit la préface de cette compilation posthume.

  Puisque nous apprenons que l'Abbé Stéphane, "Maître à Penser" de toute une école, attachait de l'importance à Jean Tourniac, il est bon d'énumérer les principaux livres de cet écrivain. Nous avons déjà noté: "Lumière d'Orient", rencontré dans la Collection "Mystiques et Religions", de chez Dervy. Il a écrit aussi: "Le Symbolisme maçonnique et la religion chrétienne" - Principes et Problèmes du Rite écossais" - "Propos sur René Guénon" - "Le Tracé de Lumière" - " Vie et Perspectives de la Franc-Maçonnerie traditionnelle".

  Dans sa préface, le Professeur BORELLA félicité François Chénique d'avoir réalisé ce recueil d'écrits et il remercie les Éditions Dervy de s'être lancées dans une telle publication. Par conséquent, il ne fait aucun doute qu'il ne s'agit pas là d'une préface de courtoisie. Il s'apparente lui-même explicitement à toute cette famille d'esprits dont nous pouvons déjà énumérer quelques personnages: René Guénon, Frithjof Schuon, François Chenique, L'Abbé H.Stéphane, Jean Palou, Paul Naudon, Jean Tourniac. (3)

(3) À ces auteurs référants nous pouvons rajouter Léon Schaya; Lanza del Vasto; Raymond Ruyer et Titus Burchkardt qui sont cités favorablement dans la charité profanée.

V UNE THÉOLOGIE MÉTAPHYSIQUE 

  Le professeur Borella est très admiratif pour la personne et la doctrine de l'Abbé Stéphane. Aussi est-il intéressant de reproduire ce qu'il en dit: "Prêtre catholique profondément fidèle à la messe et à son bréviaire quotidiens, le Père Stéphane a, de préférence, pratiqué une AUTRE VOIE, plus "verticale" peut-être. Cette voie s'efforce de reconnaître la DIMENSION GNOSTIQUE par où chaque forme traditionnelle rejoint l'ABSOLU". 

VI CONCLUSION D'ALLIANCE DU TRÔNE ET DE L'AUTEL 

  Nous avons donc pu voir de manière détaillée comment nous nous sommes retrouvés avec un "Guénonisme chrétien" en France et chose "étrange", nous voyons apparaître depuis un certain temps des prétendus spécialistes de la gnose issus de ce monde n'évoquant jamais ou presque les Guénoniens "chrétiens". Soyons clairs, ceci est amplement suffisant pour ne pas leur faire confiance mais insuffisant pour dire qu'ils seraient encore des adeptes du gnosticisme.