La trahison des initiés  d'Alain Pascal ou l'insurrection d'Alain Pascal contre «les mauvais initiés.»

«La franc-maçonnerie n'a aujourd'hui presque plus rien d'initiatique, elle est devenue une mafia politique agissant au niveau mondial.»

 Alain Pascal dans la notice du livre édité en 2013 par les CIMES.

 

Sommaire:

I. Avant-propos

II.Biographie d'Alain Pascal 

III. Introduction 

IV. Les sulfureuses éditions de l'Aencre 

V. Entretien d'Alain Pascal pour le Flambeau Littéraire 

VI. Résumé du livre

VII Guénon et Evola cités abondamment pour appuyer la thèse du livre

VIII. Les autres points noirs du livre 

IX. Alain Pascal n'a rien inventé 

X. Conclusion 

I. Avant-propos

Le livre La Trahison des initiés a été publié en 1996 par les éditions de L'Aencre, que nous évoquerons dans un chapitre consacré. Aujourd'hui, il en est à sa troisième édition chez les éditions des Cimes, qui le publient depuis 2013 : «Hormis quelques corrections d'erreurs matérielles ou de style, ce livre n'a pas subi de modification notoire depuis sa première édition. Quelques éléments d'actualité ont simplement été ajoutés dans les notes et l'index a été complété.» – Alain Pascal, dans l'avant-propos de l'édition de 2013. 

 

II. Biographie d'Alain Pascal [1]

  Alain Pascal est né le 29 mars 1948 à Neuilly sur Seine 92. Sa scolarité s'est faite à Sainte Marie de Monceau, Paris 17è Saint Martin de France, Pontoise. Il a obtenu le Bac philo à Paris, et sa licence en droit à Assas, Nanterre. Il fut avocat au barreau de Paris, et ancien secrétaire de la Conférence (voyage officiel en U.R.S.S.). Il parle les langues anglais et espagnol, en plus du français. Il fit des voyages au Maroc, Tunisie, Liban, en Angleterre, Espagne, Portugal, Allemagne, Autriche, Italie, Tchécoslovaquie, aux Etats-Unis, au Brésil. Il participe à l'organisation du centenaire du philosophe balte Keyserling en 1980 et à l'association des amis de Gabriel Marcel, démissionne du barreau pour se consacrer à l'écriture, enseigne et organise des stages de tennis pendant dix ans, puis devient membre du Conseil de surveillance d'une société de placement immobilier. Il cesse toute activité professionnelle à partir de 1996, collabore au Libre Journal de Serge de Beketch et à son émission sur Radio Courtoisie. 

 

III. Introduction 

Aujourd'hui, beaucoup considèrent « Alain Pascal » (ce n'est pas son vrai nom) comme le plus grand opposant à la gnose encore en activité. C'est une chose que je croyais également, mais au bout d'un certain temps, j'ai remarqué que certains éléments ne collaient pas. Par exemple : il a postfacé le livre Ce sang qui nous lie de Sylvain Durain, alors que l'étude de cet ouvrage repose sur une méthode ternaire (système utilisé par Guénon) [2] ; il considère Serge de Beketch comme le meilleur des journalistes [3] ; et son livre La Trahison des initiés a été édité par les éditions de L'Aencre [4].

Pourquoi ai-je été dupé un certain temps ? Parce que Monsieur Alain Pascal critique Guénon au sujet de la « tradition primordiale » (à juste titre) et parce qu'il est un excellent orateur. MAIS, en le lisant, on peut s'apercevoir qu'il estime Guénon bien plus qu'il ne le laisse entendre lors de ses entretiens ou de ses conférences. En conséquence, un coup de projecteur sur les écrits de cet auteur est devenu impératif, d'autant plus que le site viveleroy.fr avait publié en 2009 un article sur Alain Pascal qui n'a déclenché aucune réaction notable de la part de l'auteur ou de son entourage [5]

IV. Les sulfureuses éditions de l'Aencre 

Cette librairie et maison d’éditions fut fondée par l’auteur païen André Duquesne (alias Philippe Randa) (1:35:23). On y trouvait des livres sur les thèmes de l’identité, du fascisme, du paganisme, de l’ésotérisme, et elle servait de relais à des sectes dites d’extrême droite (1:29:52). Aujourd’hui, cette librairie n’existe plus ; elle est remplacée par la structure de vente par correspondance « Francephi Diffusion », toujours sous la direction de Philippe Randa.

Voir ce reportage de TF1 sur les sectes d’extrême droite :

https://youtu.be/2Gle61UccnY?is=mi40Rm7fmTPnNgjS

Dans ce reportage (à partir de 1h30’), le journaliste a trouvé chez L’Aencre les revues : Nouvelle Acropole, qui est qualifiée de secte (1:30:11), L’Originel, où figurait Christian Bouchet (1:30:42), et Secrets des sociétés, dont le directeur de publication était Philippe Randa et le rédacteur en chef Serge de Beketch (1:30:11).

Ci-dessous: Couverture de la revue L'originel faisant la promotion de sectes.

Ci-dessous: Copie de la page du catalogue de l'Aencre diffusant la trahison des initiés où le littérature païenne et ésotérique sont représentées.

V. Entretien d'Alain Pascal pour le Flambeau littéraire 

 Sur cette page nous apprenons:

  • qu'Alain Pascal est un pseudo.
  • qu'il est contre la maçonnerie moderne mais pas l'initiation.
  • que le directeur de la rédaction de la revue était son éditeur Philippe Randa.

 

VI. Résumé du livre 

Avant 1717, date de la fondation officielle de la franc-maçonnerie, il existait une maçonnerie opérative (les « bâtisseurs de cathédrales »). Selon Alain Pascal, des ésotéristes issus des Rose-Croix l'auraient fait dévier en une maçonnerie spéculative. Cependant, Alain Pascal précise bien qu'il n'est pas hostile à l'initiation en soi, mais à ceux qu'il considère comme indignes d'être initiés, comme s'ils profanaient une initiation sacrée.

p. 7 : « Les initiés, tout au moins ceux qui sont encore dignes de ce nom, comprendront que notre démarche, même si elle semble parfois agressive, ne leur est pas foncièrement hostile. Elle vise surtout à réhabiliter la tradition, ou les traditions, ou pour être plus précis encore, particulièrement l'une d'entre elles. »

p. 34 : « Les loges sont ouvertes à des gens qui sont parfois incultes, et ignorants des traditions à tel point qu'ils deviennent de simples instruments pour le politique. »

p. 152 : « On comprend donc que la maçonnerie soit devenue une coterie, que soient venus à elle un nombre d'arrivistes... et quelques voyous, dédaigneux de l'initiation et des symboles, soucieux de carrières et de fortunes... C'est à faire désespérer les maçons qui croient encore à la noblesse de leur vieille institution. »

p. 162 : « La société (la maçonnerie) qui se disait noble, généreuse et tolérante s'est muée en une coterie de médiocres, cupides et intolérants... Voilà pourquoi notre recherche s'est transformée en un acte d'accusation, notre réflexion a tourné au pamphlet. »

p. 218 : La maçonnerie « a accepté des brebis galeuses, a adopté l'ésotérisme hostile au catholicisme et a soutenu le cosmopolitisme contre la société des nations. »

p. 286 : « Notre critique vient de là, du risque couru par l'humanité, et non d'une hostilité de principe à l'initiation. »

p. 287 : « La trahison de l'initiation a pour conséquence la rupture du sacré. »

Pour A.P., cette maçonnerie spéculative ou moderne :

  •  S'est attaquée au catholicisme, notamment par le rationalisme des Lumières.
  • S'est occupée des affaires politiques alors que sa mission était d'ordre spirituel.
  • Porterait la responsabilité du déclin de l'Occident chrétien, car l'équilibre des nations dépendrait du maintien de leurs traditions respectives.

Pour A.P., les initiés ou maçons devraient être :

  • Civilement exemplaires. Pour cela, A.P. cite (p. 274) les Constitutions d'Anderson et conclut en disant : « Toute l'action maçonnique est le contraire de cette parole. »
  • Une aristocratie gardienne des traditions (ex. : le catholicisme en France, l'orthodoxie en Russie, l'hindouisme en Inde...).p. 286 : « L'initiation forme une aristocratie spirituelle. » (Article d'A.P. dans Le Libre Journal, n° 131 du 21 septembre 1997)
  • Une élite spirituelle devant rester à l'écart des affaires politiques.p. 7 : « Dans les civilisations traditionnelles, les initiés avaient en charge de transmettre le savoir et la sagesse de l'humanité aux nouvelles générations. Cette initiation était apolitique. »

Dans la conclusion générale, A.P. nous dit p. 274 :

« L'initiation est méfiance à la masse, à l'homme profane, sujets favoris de l'irrationnel. Seul l'initié, mort au vulgaire, acquiert la maîtrise de soi. Par la connaissance, il s'élève dans la hiérarchie de l'aristocratie de l'esprit. Toute l'action maçonnique est le contraire de l'aristocratie de l'esprit. (...) En un mot, la Franc-maçonnerie a trahi l'initiation. »

Cela signifie qu'il y aurait une partie vulgaire pour la masse et un ésotérisme pour une aristocratie d'initiés qui obtiendraient, par l'initiation, « la maîtrise de soi ».

 

VII. Guénon et Evola cités abondamment pour appuyer la thèse du livre

P. 54-55 : « Les nobles n’ont pas participé aux "ateliers supérieurs" noyautés par les Illuminés de Weishaupt », comme l’a reconnu René Guénon, qui fait figure de référence absolue en la matière.

P. 110 : Comme l’a dénoncé Julius Evola : « La Société des Nations correspond à un plan précis établi par la maçonnerie internationale, mais aussi et plus généralement par des forces occultes décidées à faire de la guerre l’instrument privilégié de la destruction définitive de l’Europe aristocratique et traditionnelle. »

P. 273-274 : « Dès lors qu’elle est devenue une association à but politique, son exercice des rites n’est plus que parodie, singerie », accuse Guénon dans Aperçus sur l’initiation (p. 84-85).

P. 274 : Toujours selon Guénon, le mot « illuminé » ayant été repris de la philosophie des Lumières, il est par voie de conséquence profane. Cette analyse est confirmée par Julius Evola, pour lequel « l’équivoque liée au terme "lumières" est significative »… « Originellement, ce terme se rapportait de façon exclusive à l’illumination spirituelle supra-rationnelle ». « Mais, après l’interférence des Illuminés de Bavière avec certaines branches de la maçonnerie, le terme devint synonyme de rationalisme, c’est-à-dire précisément l’opposé. »

En s’appuyant sur ces propos, Alain Pascal tire la conclusion suivante : « Dans le sens traditionnel, l’illumination justifiait le dogme, se situait au-delà du dogme, mais en aucun cas contre le dogme. Les Illuminés ont inversé cette démarche… »

Aller au-delà du dogme n’est pas une démarche en accord avec la tradition catholique. C’est une prétention que l’on retrouve chez les néo-gnostiques, car ils voient le catholicisme comme une vulgarisation faite pour la masse.

 

VIII. Les autres points noirs du livre

Selon Alain Pascal, il y aurait une tradition ésotérique des apôtres (p. 201) : « Pour la tradition perpétuée par les évêques dans l’Église, le christianisme apparaît comme un exotérisme, puisque la révélation s’adresse à tous. » [...] « De plus, s’il y a une part ésotérique, elle a été dévoilée dans l’Évangile selon saint Jean. »

À la page 202, il ajoute : « Pardon d’insister, mais s’il y a une tradition ésotérique des apôtres, celle-ci a été écrite dans l’Évangile selon saint Jean, et probablement pour éviter la déformation de la tradition chrétienne par les hérésies naissantes. »

Tout cela, Alain Pascal le glisse au milieu de condamnations de l’ésotérisme. En réalité, il existe une tradition apostolique visant à éviter la profanation des Saintes Écritures par les gnostiques ; elle n'est pas cachée, et l'auteur sait très bien qu’une tradition « ésotérique » signifie, par définition, une tradition cachée.

Le découpage éxotérisme/ésotérisme

Pour appuyer le fait que le catholicisme est anti-ésotérique, A. P. indique à la note 6, p. 27 : « Sur le catholicisme comme exotérisme et l'existence ou non d'un ésotérisme chrétien... » ; p. 201 : « Pour la tradition perpétuée par les évêques, le christianisme apparaît comme un exotérisme... » ; p. 212, A. P. déclare au sujet du catholicisme : « C'est une tentative unique dans l'histoire (la substitution d'une vérité révélée à tous, un exotérisme, et non pas la libération des seuls initiés, un ésotérisme)... ».

Le découpage exotérisme/ésotérisme fait partie du système guénonien (A. P. assume cette reprise dans le livre La pré-kabbale). Il implique l'idée qu'il y aurait, dans une religion comme le catholicisme ou l'islam, une partie vulgaire pour la masse (l'exotérisme) et une partie pour des initiés (l'ésotérisme).

Alain Pascal sur la partie ésotérique de l'Islam

P.203 (note 93) : « Loin de nous porter un jugement global sur l'islam. Nous contentons de l'inscrire dans les monothéismes de la bible, mais sa part ésotérique est éminemment respectable. » 

Alain Pascal au sujet de la condamnation de l'ordre des templiers

P.217 (note 107) A.P trouve injuste la condamnation de l'ordre: «En France  si les templiers ont été victimes d'infiltrations hérétiques, ou si seuls les Grands maîtres ont trahi la règle, il y a une certaine injustice à que tout l'Ordre soit condamné.»

 

Alain Pascal au sujet du gallicanisme et de la monarchie de droit divin 

En page 221, A.P. indique que : « L’Église a lutté contre les monarchies qui lui étaient hostiles. La monarchie de droit divin est la théorie de Bossuet, non le dogme catholique. Le gallicanisme a été vécu en opposition au pape, et il annonce la naissance du nationalisme révolutionnaire. »

Ce sont des propos trompeurs ! L’accusation visant à dire que cette opposition a donné naissance au nationalisme révolutionnaire est complètement subjective. L’Église peut condamner des doctrines ou des actions en opposition à sa doctrine sociale, mais ce n’est pas à elle de choisir les ministres. Bien avant la période de Bossuet, le droit divin était reconnu, puisque les guérisons des écrouelles – qui ont eu lieu jusqu’à Charles X (dernier roi de France légitime) – étaient vues comme une manifestation de la légitimité, et donc du droit divin. [6]

Un florilège d'auteurs de l'ésotérisme sur lesquels Alain Pascal s'appuie 

Dans ce livre A.P s'appuie sur de nombreux auteurs liés à l'ésotérisme et non des moindres sans mettre en garde le lecteur, dans ces auteurs on retrouve René Guénon; Julius Evola; Mircea Eliade; Renato del Ponte; Nicolas Berdiaev; Marquès-Rivière; Louis Pauwells; Ernst Junger... et nous avons même le droit à des citations du "Duce" Benito Mussolini. En conséquence rien que sur ce point le lecteur est entraîné vers le monde de l'ésotérisme et du traditionalisme gnostique véhiculé par les éditions Pardès.

 

IX. Alain Pascal n'a rien inventé 

Ce résumé de l'auteur est quasiment un copier-coller de la thèse de Guénon vis-à-vis de la franc-maçonnerie**.** Il est appris par les initiés de la loge guénonienne « La Grande Triade » (qui appartient à la Grande Loge de France) et visiblement**,** cet anti-maçonnisme guénonien continue à rouler dans la farine le monde nationaliste. (Guénon avait pénétré le milieu anti-maçonnique pour y introduire l'ésotérisme)

Exemple avec la promotion de ce livre faite par le célèbre anti-maçonne Henry Coston :

« Soixante-cinq ans après la publication de La Trahison spirituelle de la Franc-maçonnerie de J. Marquès-Rivière [7], paraît un livre sur le même sujet et sous un titre voisin : La Trahison des initiés, écrit par Alain Pascal... Il va beaucoup plus loin que ne l'avait fait à l'époque Marquès-Rivière, qui mit plusieurs années à prendre place dans les rangs des nationalistes français [...] Un livre qui mérite d'être lu. »

Henry Coston — Lectures Françaises n° 474, octobre 1996.

Et ce livre de Marquès-Rivière fut également édité par L'Aencre !

X. CONCLUSION 

   Ce qui est particulièrement choquant à la lecture de ce livre, c'est la différence entre l'oral et l'écrit. Pourquoi ? Parce qu'à l'oral, l'auteur donne l'impression d'être un grand pourfendeur de la gnose et de Guénon, alors que ce livre nous montre tout le contraire. Par exemple, avec son alignement sur Guénon concernant :

  • Sa critique guénonienne du monde moderne.
  • La théorie d'une trahison de l'initiation, impliquant le mensonge maçonnique selon lequel la maçonnerie ferait partie de la lignée initiatique de la maçonnerie opérative (et donc des bâtisseurs de cathédrales).
  • L'idée d'une aristocratie spirituelle.
  • Le découpage exotérisme/ésotérisme et sa défense d'une gnose élitiste.

Certaines personnes honnêtes tenteront de défendre l'auteur, c'est leur droit, mais c'est aussi un devoir de dénoncer ce mauvais livre qui continue à être présenté comme une grande œuvre de l'auteur.

En bref, ce livre est dangereux et donne un autre visage de l'auteur.

Jean de Grive


[1] Biographie abrégée reprise sur le site des éditions Chiré. Lien vers la biographie:

https://www.chire.fr/librairie/pascal-alain-alain-pascal-1948-p-371451

[2] Ce type d'étude se trouve dans le livre de Guénon intitulé "la grande triade" qui est le nom d'une loge Guénonienne. Guénon a repris ce modèle d'étude dans le Tao et le confucianisme.

[3] Alain Pascal commence ses entretiens et conférences comme Serge de Beketch 《ami de la résistance bonsoir.》

[4] Les éditions de l'Aencre étaient dirigées par André Duquesnes alias "Philippe Randa" qui est un païen adepte de l'ésotérisme.

[5] Lien de l'article de viveleroy.fr: https://www.viveleroy.fr/Gnose-traditionnelle-contre-franc,70

[6] https://www.viveleroy.fr/Le-droit-divin-selon-Monseigneur

[7] Marquès-Rivière fut le scénariste du film anti-maçon "Forces occultes" diffusé sous Pétain. Son parcours est semblable à celui de plusieurs Guénoniens Français c'est-à-dire qu'il fut initié dans une loge Guénonienne donc autorisée par la franc-maçonnerie, pour se diriger ensuite vers le nationalisme tout en conservant l'ésotérisme.